152 | SIGNATURES URBAINES PAR DACRUZ

October 9, 2017

 

 

Qu’est-ce qui t’a amené au graffiti ? Quelles sont tes sources d'inspiration ?

 

D. : Au départ, je partageais mon temps entre le sport et le graffiti, c’était seulement une partie de mon temps. Je faisais plutôt du lettrage, un peu codifié, le temps d’expérimenter, de trouver mon style. Et puis surtout dans l’idée, je voulais décloisonner, être « compréhensible », je ne voulais pas rester dans ce qui était réservé à un public de connaisseurs.

J’ai toujours été touché et influencé par les masques et toutes ses représentations un peu primitives, puis lorsque j’ai commencé à voyager au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique du Sud notamment, j’ai vraiment trouvé ce que je cherchais, à bien définir mon univers. Mais quelque soit l’endroit dans le monde, que ce soit un pays lointain ou en Europe, et même avec des retours bienveillants, c’est toujours important d’expliquer son travail, de faire de la pédagogie.

La création et l’inspiration, ce n’est jamais linéaire, c’est un parcours de vie ; encore plus quand tu choisis un chemin hors format traditionnel. Peindre dans la rue ça force à garder les pieds sur terre, c’est très pragmatique. Tu peux recevoir des réflexions des passants à n’importe quel moment. D’ailleurs, il y a une petite anecdote, une citation que j’aime bien. C’est la réponse de Matisse à la question « qu’est-ce qu’un génie d’après vous ? » posée par un journaliste. Matisse répondait que c’était « la capacité de résistance aux emmerdes ». Je trouve cela assez juste ! C’est un peu le cas pour moi, j’ai appris à peindre dans la rue. Ça a stimulé, ça a développé mon travail.

 

 

Que signifie pour toi « Street Art » ?

 

D. : Il y a plein de choses regroupées sous cette appellation, cette étiquette. Aujourd’hui, il y a plein d’artistes qui se définissent comme ça, plein de gens qui sont « inspirés » par la rue. Il y a des gens qui ont fait un pochoir ou un collage dans la rue, une fois, et qui se revendiquent du Street Art, puis à côté il y a aussi des galeristes, qui n’y connaissent rien mais qui surfent sur cette mode.

On a le droit évidemment, le propre de la création c’est d’être « world wide open ». Si on commence à définir des règles c’est plus de la création, c’est un truc dogmatique et c’est inintéressant. Mais effectivement ce terme est un peu une zone floue.

Le street art pour moi, c’est un art, dans la rue, avec les gens et pour les gens. Il faut de l’interaction. C’est ce qui m’anime, même si j’adore aussi être en atelier car je suis seul face à moi-même et c’est indispensable. Mais, la rue c’est intéressant et inspirant. Tu utilises le contexte, le lieu et puis, pour avoir appris de manière « illégale », ça pousse à aller plus vite. C’est une très bonne école !

 

 

 

 

Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu travailles ?

 

D. : Grâce aux rencontres. Rien n’est programmé, c’est des occasions qui se présentent.

Avant on agissait vraiment dans l’urgence, on n’était pas dans un plan de carrière. Aujourd’hui, effectivement les jeunes qui démarrent peuvent plus facilement comprendre le fonctionnement ; surtout avec les réseaux sociaux. C’est la même chose dans la musique, dans plein de domaines finalement.

Il ne faut pas oublier que dans les années 90 jamais on aurait pu penser ça. Moi je le supputais, je l’imaginais, surtout quand on me fermait des portes, quand j’avais des refus des galeries, je me disais que ça allait forcément changer ; que les esprits allaient s’ouvrir.

 

C’était cette réalité. Mais, je dois dire que je ne pensais pas que ça allait arriver si vite et si massivement. Le passage du XXe siècle au XXIe siècle, le début des années 2000, a vraiment marqué une accélération.

Aujourd’hui effectivement, j’essaye de sélectionner les partenaires, ça n’évite malheureusement pas toujours les mauvaises surprises.

 

 

Pourquoi cette collaboration avec THG Paris, Boulevard Haussmann ?

 

D. : C’est grâce à l’agence 14 septembre, l’agence de relations presse de THG Paris, avec qui j’avais déjà travaillé il y a quelques années dans un autre registre, pour une autre société. A l’époque cela s’était bien passé, je savais donc que j’allais pouvoir travailler sereinement.

Typiquement, le travail réalisé ensemble avec THG Paris, ça prouve bien que le Street art n’est pas antinomique avec le luxe. C’était l’occasion, aussi, de développer mon travail. Ici ou ailleurs, hormis les objets de la marque que j’ai intégrés, ça reste mon travail ni plus ni moins. C’est un très bon exemple car j’ai pu développer mon univers librement ; ce n’est pas toujours le cas et c’était très agréable.

La marque a été une vraie découverte pour moi, n’étant pas - encore - client ! Mais ça va venir, je vais venir acheter un flexible de douche, allons-y par étape !

Et puis ça a été une rencontre aussi, c’est ce que j’apprécie de manière générale, rencontrer des gens. C’est un petit peu la même démarche que lorsque tu travailles dans la rue, tu travailles « in situ » donc tu prends en compte tout l’environnement, les passants, le contexte, … Et puis, je suis tombé sur des gens ouverts d’esprit, prêts et en demande de secouer leur univers. C’est toujours plus agréable d’avoir carte blanche et de trouver cette forme de respect de l’artiste qui te permettre d’exister pleinement au sein d’une marque de luxe.

 

 

 

« Signatures urbaines » ?

 

 D. : Je trouve que le titre est assez évocateur !

« Signatures urbaines » ça fait évidemment penser aux tags, à toute cette mouvance,...

« Urbaines » parce que bon, quand même, c’est mes premières amours… D’autant que pour l’installation de l’étage j’ai utilisé des sprays assez « costauds », ceux qu’on utilise traditionnellement dans la rue. D’ailleurs c’est très bien qu’il reste une petite odeur, c’est comme une installation olfactive.

Et en même temps parce que vous, THG Paris, typiquement lorsque vous êtes sur le lancement de ligne, vous y associez souvent une signature de designer.

C’est vrai qu’il y a aussi un parallèle avec THG Paris, qui a un côté artisan et très humain dans la fabrication, auquel je suis évidemment sensible. D’ailleurs j’ai intégré également cette partie fabrication, cette face cachée, dans mes installations ; autant autour de la baignoire qu’à l’intérieur de la cabane à l’étage.

Finalement, c’est un titre qui faisait passer le message assez naturellement, avec l’optique qu’il s’agissait également d’un tandem Paris/New-York. Le graffiti est né à NYC, dans le Bronx.

 

 

Quelle est la meilleure œuvre d'art alternative qu'il t'ait été donné de voir et qui ne soit pas dans un musée ?

 

D. : En réalité, c’est LES meilleures, au pluriel. C’est justement celles qui sont mises en contexte dans la rue par exemple, qui utilisent parfaitement l’espace, le support, … Je trouve que c’est des installations assez puissantes finalement. L’intégration totale, pour moi c’est le but ultime. Il y a plein d’exemples dans les friches.

 

En revanche, le terme « art alternatif » finalement n’existe pas, ça ne veut rien dire. Il n’y a qu’un art, il n’y a pas d’art élitiste ou supérieur.

 

 

 

 

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